Épilation : le poids de la norme


Par obligation ou par envie, s’épiler (ou pas !) est un vrai enjeu pour les femmes. Hélène, du blog Lénou in Italia, souhaite partager son rapport à l’épilation avec nous et nous faire réfléchir sur le poids de la société sur nos choix.


Je m'épile, car je me sens obligée de le faire


Pour ma part, ce n’est ni un mari dominateur, ni une mère invasive, ni une exigence au travail qui me l’impose, non. C'est uniquement le poids des normes de notre société.

En clair, la peur du regard des autres, du rejet, est ma seule motivation à ne pas laisser mon corps tranquille.

Et j’en ai marre. Marre de ces injonctions que la société pose sur nos corps. Ces corps qui ne doivent pas être jugés sur des choix personnels. Marre de ne pas avoir le courage de celles qui ont décidé de franchir le cap et de ne plus s’y soumettre.


Je m’épile, car je ne me sens pas assez forte

Car si je m’épile, ce n’est pas par « envie personnelle ». Le jour où les poils seront présentés comme « THE » truc à la mode, je serais la première à jeter mon épilateur. Car je n’aime pas m’épiler. J’ai souvent la flemme. L’épilateur et la cire me font mal et le rasoir me fait peur.

« Et si j’avais oublié des poils ? ». La parano m’envahit fréquemment lorsque je montre mes jambes au grand jour. Dès que je peux, je ralentis le rythme. Je m’épile moins en hiver ou quand je suis célibataire. Quand je sais que je ne suis pas exposée à la critique, j’en profite. Car si je m’épile, c’est juste parce que je ne me sens pas assez forte pour porter le poids de ce combat féministe.

Je m’épile, car j’ai peur de ne plus me sentir désirable. Je crains d’être socialement rejetée si je me montre tel que je suis.

Alors, c’est vrai, on ne me met pas le couteau sous la gorge pour m’obliger à le faire. Mais, à mes yeux, ça n’en reste pas moins une contrainte et non un « choix ».


Le poids de la norme sur nos choix


Nous vivons dans une société patriarcale qui soumet le corps des femmes à des contraintes. L’habillement, la corpulence, la sexualité… Tout est jugé et contrôlé. Nous sommes nombreuses à combattre pour regagner notre liberté de disposer de notre corps, comme on le souhaite.

Le corps des femmes est sujet à commentaires sur tout ce qu’elles décident d’en faire. Il faut bien reconnaître qu’il est plus facile de suivre la mode dominante que de nager à contre-courant. En suivant les normes, on évite l’exclusion, les regards désobligeants et les remarques blessantes. Pour aller dans le sens contraire, il faut être, au moins un peu, une badass.


Un discours qui évolue


Le discours dominant, dans nos sociétés occidentales, est celui de l’épilation comme modèle de beauté féminine. Notre quotidien est envahi de ces images de corps de femmes à la peau lisse. Toute trace de poil est soigneusement gommée.

Si bien que lorsqu’il nous arrive d’en apercevoir sous les bras ou sur les jambes d’une femme, la situation nous semble anormale.

En effet, la vision des poils est souvent considérée comme une négligence et un manque d’hygiène.

Heureusement, face à ce diktat de beauté féminine, des voix de plus en plus en fortes s’élèvent pour nous proposer d’autres modèles. Aujourd’hui, des femmes osent clamer haut et fort : « J’accepte mes poils, je les montre et je vous emmerde !». Et nous sommes de plus en plus nombreuses à les soutenir et applaudir ces femmes qui ne s’épilent plus. J’ai moi aussi longtemps soutenu ces femmes, tout en continuant à m’épiler « parce que je trouvais ça plus joli sur moi ». Je voulais me convaincre que j’étais enfin libérée de l’emprise des normes sur mon rapport au corps. Je vivais par procuration le combat de ces femmes et c’était suffisant. Je me mentais à moi-même pour ne pas me confronter à mes propres contradictions.


Des rôles modèles nécessaires

Ne minimisons pas la force de celles qui décident de ne plus s’épiler :

Je n’ai pas de modèles de beauté de femmes poilues hormis les instagrameuses qui depuis quelques années se montrent non rasées. Et je regarde ces filles avec des étoiles dans les yeux : « You rock girl ! ».

Elles ont su nous montrer que ce qui nous avait toujours été présenté comme sale/inélégant/négligé peut être simplement beau. Mais elles ne sont pas juste jolies, elles sont avant tout courageuses, engagées et féministes. Le côté politique de leur action ne doit jamais être écarté.

On ne doit jamais oublier leur force dans une action qui semble si banale, mais qui ne l’est pas. Le sujet de l’épilation est lié à celui de la domination patriarcale. Choisir de ne pas s’épiler, c’est choisir de s’émanciper des règles de beauté dictées par une société d’hommes hétérosexuels.



Conclusion


Alors j’espère un jour rejoindre mes modèles et dire « je ne m’épile plus et j’emmerde vos normes à la con ». À celles qui se reconnaissent dans mon témoignage j’aimerais dire, n’ayons pas honte d’avouer l’impact des pressions sociales sur notre rapport au corps. Et surtout, arrêtons de culpabiliser de ne pas oser franchir le pas. Le combat commence par apporter un regard bienveillant sur soi-même.


Hélène Desbos – Lénou in Italia


Merci à Hélène pour sa confiance !

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