Guérie et guerrière : mon cancer du sein

Mis à jour : 24 déc. 2020

Parce que la maladie fait partie de la vie, en ce mois rose de sensibilisation au cancer du sein, découvre le témoignage inspirant de Marie. Sa maladie, ses traitements, sa perte de cheveux ou encore sa famille, elle nous dévoile son parcours et la force dont elle fait preuve pour passer au travers.


Le diagnostic


Un soir de novembre j'ai appris qu'une boule s'était logée dans mon sein gauche juste à côté du cœur. Ce cœur qui venait de prendre cher, suite à une séparation.

Lui qui n'a pas cessé de battre, doit maintenant se battre contre un méchant coup du sort.

La bonne nouvelle c'est que j'ai un cancer hormonodépendant* et non agressif, mais étant jeune et en "bonne" santé, je dois subir un long protocole pour éviter toute récidive.

Me voilà avec la mort en tête, la peur de ne pas voir mes enfants grandir, ou de ne pas devenir grand-mère. Puis tout s'enchaîne. Les examens, les rendez-vous chez les spécialistes, puis la programmation de l'opération.

L’opération


Mon chirurgien m'opère trois semaines plus tard pour enlever la tumeur. Le bon côté de ce cancer, c'est qu'il existe un traitement, quand pris à temps. En revanche, le chagrin d'amour se soigne avec le temps. Me voilà à digérer 2 épreuves difficiles en moins d'une année. L'opération se passe bien, mais on a raté la tumeur donc on va recommencer, et enfin elle est enlevée. Me voilà guérie, je me transforme en guerrière je me vois comme une Laguerta* des temps modernes. En un mois, j'ai 4 cicatrices. En effet, la tumeur a été retirée en 2 fois. J'ai une cicatrice sous le bras pour enlever les ganglions sentinelles* (drôle de noms pour des petites saloperies qui peuvent me tuer, non ?). On m'a posé une chambre à cathéter* donc une autre cicatrice sur mon torse.

Tout le monde me dit que je suis courageuse, mais je n'ai pas le choix, c'est aussi simple que cela.

Les traitements


Le protocole est simple : 12 séances de chimiothérapie* et un mois de radiothérapie* et enfin de l'hormonothérapie* durant 5 ans. Me voilà ravie ! J'ai demandé à mon chirurgien si la Mojitothérapie était possible à la place. L'humour me sauve depuis toujours. Je suis tout de même effondrée lorsque je perds mes cheveux, ça me rend triste. J'ai de longs cheveux roux et bouclés, c'est ma marque de fabrication.


Me voilà à la recherche de soins de supports pour mieux supporter ces lourds traitements. Lors d'un cercle de femmes, je rencontre Eva, une naturopathe hyper inspirante (echappeessaines)! En plus d'organiser les cercles de femmes, elle est conseillère en naturopathie et préparatrice en pharmacie. Je la vois tous les mois pour récupérer les médicaments post-chimio et aussi pour prendre ses conseils nutritionnels et autres qui m'ont aidé durant la chimiothérapie. J'ai également pris soin de ma peau en l'hydratant tous les jours, en buvant beaucoup d'eau, j'ai mis du vernis au silicium sur mes ongles pour les protéger. J'apprends à prendre soin de moi, à m'écouter. Vient la première chimio. Décidément l'année de mes 40 ans ne sera faite que de premières fois ! 2 amies m'accompagnent. À ces chimio, on rit beaucoup.

Ce fut difficile. Comment décrire ce moment ? Si ce n'est que j'ai eu mal partout, de la tête aux pieds. Puis, la couleur du produit, cet orange cuivré. La sensation d'être soi-même toxique… C'est assez triste et difficile. J'ai décidé de continuer à travailler donc je suis 5 jours en arrêt maladie puis je reviens. J'ai l'impression de revivre à chaque fois.


Puis la deuxième chimio, et là mes cheveux me grattent me font mal, c'est assez affreux. Entre temps, j'ai coupé mes cheveux en joli carré, je ne voulais pas de transition brute pour moi et mes enfants. Mais là je perds mes cheveux. C'est déstabilisant. Ils sont durs et friables, je me sens mal, triste et seule. Finalement, je coupe tout. Je n’assume ma boule à zéro que chez moi avec mes enfants et mes proches.

Ma famille est loin, donc mes ami.e.s et mes 2 sœurs sont des aides incroyables moralement. Je reçois beaucoup d'amour. Avec mes enfants, cela se passe bien. Je leur explique tout. Il n'y a pas de tabous, ils comprennent, puis s'intéressent. La perte de cheveux c'est tout de même difficile, mais on rigole beaucoup.

J'ai pris une frange et des jolis bonnets. Je me maquille tous les jours, je mets de la crème.

L'illusion est parfaite, me voilà MALADE, mais jolie ! Oui ce cancer m'a blessé en tant que femme, je me suis sentie meurtrie.

Déjà la séparation m'a totalement détruite là c'était mon intégrité physique, mon sein, mes cheveux et voilà à 40 ans j'étais foutue ? Mais non, je me suis bougée, je sortais je ne me suis rien interdit !


Malade en temps de Covid


Puis le Covid a fait son entrée, ce fut terrible. Tout le monde a eu très peur pour moi, je n'osais pas sortir, ni approcher mes proches. Le confinement, une épreuve supplémentaire, me voilà confinée, seule, mes enfants sont chez leur papa. Mais comme j'aime la vie, je fais des appels visio, ils viennent me voir dans la cour, on passe de bons moments sans se toucher. Bon sang, encore une première fois difficile ! Je ne sais pas trop comment réagir, donc je prends ce message comme une pause. Nous sommes tous dans la même galère, je relativise beaucoup, mais je suis triste.

J'écris beaucoup durant le confinement, ça m'aide à aller mieux, puis je regarde des documentaires drôles, je le prends comme une véritable pause et le droit de me laisser aller un peu. Malheureusement mon protocole de soins est modifié et j'ai une chimio un peu plus difficile à supporter, douloureuse et fatigante.


Qu'il en soit ainsi c'est la vie, j'accepte. De toute façon, depuis le début j'accepte. Je retrouve mes enfants à la fin de la chimio, je suis heureuse. Enfin les bisous et câlins sont autorisés, je suis aux anges. Enfin la radiothérapie. C'est étrange comme moment, on diffuse une musique durant 10 min, un truc tourne autour de moi avec un bruit que je déteste. Je ferme les yeux à chaque séance, je déconne avec les manipulateurs et ça passe vite ces 5 semaines. Le traitement terminé me voilà tranquille, mais non en fait j'ai 5 ans d'hormonothérapie et là c'est encore autre chose.


Conclusion


Ce que je retiens c'est que :

  • La vie est belle malgré les épreuves

  • Il faut prendre soin de soi

  • Lors d'un cancer les soins dits de supports sont super importants

  • La vie doit continuer : les repas avec les amis, les sorties en pleine nature

  • Continuer de vivre est indispensable pour guérir

Aujourd'hui je suis en chantier. Mes cheveux repoussent. Je veux changer de travail, déménager et surtout j'ai deux projets autour du cancer.

Mesdames prenez soin de vous, et ne laissez personne vous faire douter de vos capacités, je vous assure vous êtes toutes formidables.




Notes de (Chut!) Les femmes parlent : Vous souhaitez vous renseigner ou soutenir la lutte contre le cancer du sein ? France : Association Ruban Rose & Association Jeune et Rose / Québec : Fondation du cancer du sein du Québec


Merci à Marie pour sa confiance et nous lui souhaitons beaucoup de bonheur pour la suite !

Toi aussi, tu veux témoigner de ton parcours ? Écris-nous à chut.lesfemmesparlent@gmail.com


Lexique :

*hormonodépendant : Cancer qui joue un rôle dans la prolifération des cellules cancéreuses (Fondation arc sur le cancer, 2018)

*laguerta : Référence d'une héroïne dans la série Vikings

*ganglions sentinelles : Intervention qui consiste à enlever les premiers ganglions proche de la tumeur (Institut National du cancer)

*chambre à cathéter : Petit boîtier sous la peau qui permet d’injecter un médicament dans le sang, facilite les perfusions de chimiotherapie pour ne pas abîmer les veines (Institut National du cancer)

*chimitohérapie : Traitement du cancer qui repose sur l'utilisation de médicament pour éliminer les cellules cancéreuses (Institut National du cancer)

*radiothérapie : Traitement qui consiste à utiliser des rayonnements pour détruire les cellules et qui bloque leur capacité à se multiplier (Institut National du cancer)

*hormonthérapie : Traitement qui consiste à empêcher l'action stimulante des hormones féminines sur les cellules cancéreuses (Institut National du cancer)


En parlant de santé féminine, on parle d'endométriose dans ce témoignage.


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